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LA   « DOLLY »

 

      Comme on l’a dit à propos du trépied (voir cette page), les plans tournés caméra à la main sont la plupart du temps affectés de bougés, saccades et tremblotements divers. Ce qui est acceptable, voire même utile lors de scènes d’action tournées en focale courte où il s’agit de transcrire un rythme volontairement heurté à l’image, devient insupportable dans toute autre circonstance, ou dès que la focale s’allonge.

Ces bougés, qui sont la marque de fabrique de l’amateurisme et sont pourtant faciles à éviter en utilisant un pied, sont tout aussi inacceptables lorsque la caméra est en mouvement. Regardez un long-métrage professionnel, coupez le son pour éviter toute distraction et analysez ce qui se passe lorsque la caméra est en mouvement : tout est d’une fluidité parfaite, sans heurts ni à-coups. Ce résultat est obtenu en utilisant, soit un chariot de travelling (qui roule sur des rails préinstallés), soit une dolly (chariot roulant sur pneus).

Le terme générique de dolly recouvre en pratique des réalités très diverses. Les plus grosses dollies comportent un siège rudimentaire pour un, voire deux opérateurs, leur permettant de « voyager » en même temps que la caméra. La plupart des modèles professionnels sont équipés de roues à pneus permettant une certaine absorption des chocs sur sols (légèrement) irréguliers. Dans d’autres cas, le chariot circule sur des rails dont la trajectoire et l’horizontalité ont été soigneusement calculées.

Tous ces engins sont lourds, complexes à mettre en œuvre et nécessitent d’être poussés par une ou plusieurs personnes. Il est hors de question de les acheter, et même leur location est coûteuse.

Différents modèles de dollies professionnelles

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Il existe fort heureusement d’autres solutions. La première d’entre elles est la dolly-trépied, dont le modèle Manfrotto est illustré ci-dessous. Ce dispositif, composé de trois bras repliables (c’est plus facile à transporter), se fixe aux jambes du trépied. Les bras sont télescopiques afin de filmer en position (relativement) basse, et des butées déployantes permettent d’arrêter l’ensemble pour les plans fixes.


La dolly-trépied Manfrotto en position basse, bras déployés


Chaque jambe du trépied possède, entre les pointes, un logement
adapté au positionnement sur la dolly


L’assujetissement solide entre dolly et trépied si fait grâce à des languettes
en caoutchouc très résistantes


Le blocage de la dolly s’effectue grâce à des pieds télescopiques
dotés d’embouts en caoutchouc

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Ce système peu coûteux est très utile à posséder, mais ses limites sont vite atteintes : d’abord, les roulettes en caoutchouc plein n’offrent aucun amortissement et exigent un sol parfaitement lisse sous peine de faire tressauter l’ensemble ; ensuite, le « pilotage » de l’engin est souvent approximatif car les roulettes pivotent assez librement sur leur axe et ne peuvent être bloquées. Avec de l’entraînement, on parvient pourtant à réaliser de jolis mouvements simples, et au pire, la dolly-trépied est merveilleusement utile pour changer la caméra de place pendant un tournage...

Autre astuce de tournage « guérilla », la dolly-fauteuil n’est rien d’autre qu’un fauteuil roulant sur lequel l’opérateur prend place, caméra sur les genoux. Aucun amortissement n’étant à attendre de ce dispositif, on utilisera quelques coussins placés sur les cuisses du cadreur, et on veillera à disposer l’essentiel du poids sur les roues arrière, dont le grand diamètre aidera à encaisser les petits chocs. La caméra pourra aussi être installée sur un trépied dont les jambes seront solidement arrimées à la structure du fauteuil, mais dans ce cas il faudra veiller à la planéité du sol car plus aucun choc ne sera absorbé.

L’avantage du trépied est bien sûr de pouvoir utiliser sa tête pour combiner des panoramiques avec le travelling du fauteuil lui-même, ou simplement d’orienter la caméra dans une direction différente de celle du déplacement, ce qui est beaucoup plus difficile à réaliser lorsque le cadreur la tient sur ses cuisses.

Ce système suppose bien sûr la présence d’un assistant pour pousser le fauteuil, et là encore une certaine pratique est requise pour espérer des mouvements rectilignes, fluides et bien amortis au départ comme à l’arrivée. C’est là qu’on apprécie les cadreurs poids-plume !

Bien maîtrisée, la dolly-fauteuil permet de faire de très jolis plans, y compris en variant les trajectoires en cours de route ou en tournant quasiment sur place, ce qui n’est possible avec aucune autre dolly. Peu coûteux (on trouve des fauteuils d’occasion à moins de 100 euros), pliant donc assez facile à transporter, susceptibles d’atteindre des vitesses de déplacement surprenantes pour peu que le pousseur soit costaud, la dolly-fauteuil est un accessoire qui rend des services inestimables... pourvu qu’on ne craigne pas de s’y reprendre à plusieurs fois, car la perfection s’atteint rarement à la première prise.

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Enfin, il n’est pas très difficile de construire sa propre dolly. Un plateau de bonnes dimensions en métal ou en contreplaqué solide, deux cornières métalliques sur lesquelles on fixera de bonnes roulettes de roller ou de skateboard, éventuellement un levier pour pousser, quelques tubes de PVC pour les rails, et voilà une dolly prête à l’emploi !

Les plans pour réaliser ce genre d’engin abondent sur Internet, et l’on peut également acheter en kit les cornières déjà équipées de roulettes, puisqu’il s’agit là de la partie la plus délicate à réaliser, l’alignement des roulettes devant être parfait. À titre d’exemple, on pourra consulter cet article sur le forum américain DVX User (en anglais, évidemment).


Un exemple de « train de roulement » de dolly en kit

Néanmoins, certains talents de bricoleur sont requis pour construire le chariot, et le transport vers le site de tournage des tubes qui serviront de rails, ainsi que du chariot lui-même, suppose une place non négligeable dans un véhicule. De plus, ce genre de modèle ne peut se déplacer qu’en ligne droite, mais reconnaissons qu’il est rare qu’un plan exige de décrire un mouvement courbe.

Au total, une dolly de ce type est un excellent investissement pour le cinéaste amateur. Dans la plupart des plans de l’immense majorité des films récents, la caméra est en mouvement, et une dolly vous permettra de donner à vos propres films cette dynamique de l’image qui participe de l’esthétisme cinématographique d’aujourd’hui.

Restez seulement conscient des limites de votre dolly improvisée, et utilisez-la au service de l’image, et pas seulement pour le plaisir de montrer que vous en avez une... Ce conseil est d’ailleurs valable pour l’ensemble de la machinerie.

Il ne m’est pas possible de conclure cet article sans parler du Skater Mini. Conçu par le réalisateur allemand Sebastian Cramer et fabriqué par la société P + S Technik (qui fabrique également le célèbre adaptateur Mini35), ce petit engin diabolique est en fait une mini-dolly, de quelques centimètres à peine de hauteur, monté sur trois roulettes de roller orientables.


Vue d’ensemble du Skater

Capable de se glisser partout du fait de sa petite taille, le Skater permet de réaliser facilement de mouvements de caméra complexes. Un pointeur laser, que l’on dirige vers le point exact autour duquel la caméra doit tourner, permet d’orienter les roues avec une précision largement inférieure à un degré. Extrêmement bien construit, facile à maîtriser, le Skater effectue des travellings d’une fluidité parfaite, en ligne droite comme en courbe, mais aussi des panoramiques. Fourni dans une robuste flight-case en aluminium, sa mise en œuvre est très rapide : une simple planche, une étagère métallique, une table ou toute autre surface plane lui suffit.

Particulièrement à l’aise pour filmer de petits objets (ce que les Anglo-Saxons appellent tabletop photography), cette vocation originelle ne l’empêche pas de s’adapter facilement à d’autres prises de vues, comme le prouvent les clips de démonstration visibles sur le site de P + S Technik.

Son seul inconvénient, en fait, est son prix : sans doute vaudra-t-il mieux le louer.

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