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LE  FOLLOW - FOCUS

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Qu’est-ce que c’est, et à quoi cela sert-il ?

Un follow-focus, que l’on pourrait traduire maladroitement en français par « déport de commande de mise au point », est un système qui permet de contrôler la bague de mise au point de la caméra sans toucher à l’objectif lui-même. Ainsi, on réduit presque à néant les risques de bougés induits par la pression de la main sur l’objectif, et surtout ce réglage peut être accompli en cours de tournage par un assistant, pendant que l’opérateur se concentre sur son cadrage.

En tournage, toutes les caméras professionnelles sont équipées de follow-focus, aisément reconnaissables aux grosses molettes blanches et noires visibles à côté de l’objectif, et les amateurs qui veulent faire les choses bien peuvent aussi bénéficier de cet outil fort utile.

Utile à quoi ? Eh bien, par exemple, pour faire le point sur un acteur, puis sur un autre dans une scène de dialogue, ou sur un objet du décor sur lequel on veut attirer l’attention... Quand on tourne en focale longue avec l’iris largement ouvert pour réduire la profondeur de champ, ces mises au point sélectives (rack focus chez les Anglo-Saxons) exigent beaucoup de précision et de concentration, et l’opérateur principal n’est pas en mesure de les faire seul... ni a fortiori, bien sûr, lorsque la caméra est sur un steadicam !

Le principal inconvénient de cet accessoire est, comme souvent, son prix. La firme allemande Chrosziel, réputée pour la qualité de ses produits, commercialise depuis plusieurs années un modèle adapté, en particulier, aux caméras DVX100, le DV Studio Rig, mais qui flirte avec les 1.500 euros... Hors de prix, et difficilement justifiable en dépit du soin manifeste apporté à la construction.

Heureusement, d’autres sociétés commencent à prendre place sur ce créneau en offrant des produits concurrents beaucoup plus abordables. Des amateurs s’y mettent aussi, à des prix compatibles avec les moyens de beaucoup de cinéastes indépendants, et j’ai choisi d’essayer ici l’un de ces produits, fabriqué par l’Américain Tim Ovel sous le nom d’indiFocus. Proposé aux environs de 300 dollars, l’indiFocus mérite que l’on s’y intéresse, d’autant plus qu’il se présente comme un système très versatile susceptible de fonctionner avec un grand nombre de caméras et d’objectifs, y compris des objectifs de photographie 35 mm montés sur un adaptateur de type mini35.

Voici donc, racontée par le menu, quelle a été mon expérience.

Tout d’abord, mon premier indiFocus est arrivé sérieusement endommagé par UPS.


Roulette à friction endommagée


L’avant du boîtier d’engrenages endommagé


Le boîtier d’engrenages vu de dessous : les dommages
subis pendant le transport (merci UPS) ont entraîné
une rupture d’alignement de l’arbre de commande

À cette occasion, Tim Ovel, par ailleurs bien connu sur Internet pour sa gentillesse et son sens du service, s’est conduit en vrai gentleman, et m’a immédiatement réexpédié un indiFocus complet. Celui-là est arrivé indemne à bon port.


==> Le site Web de l’indiFocus est ici.

 

Description de l’indiFocus

L’indiFocus se compose des éléments suivants : un châssis principal à monter sur des rails standard de 15 mm et incluant le boîter d’engrenages ; une molette de réglage équipée de butées  ; deux roues dentées blanches dont nous verrons l’utilisation ci-dessous ; une roulette en caoutchouc noir dont nous expliquerons aussi l’utilité plus bas ; et un « fouet » (télécommande filaire) destiné à manipuler la molette de réglage à distance.


Les différents composants de l’indiFocus

 

Montage de l’indiFocus

Pour utiliser l’indiFocus, il faut pouvoir le monter sur des rails standard de 15 mm, eux-mêmes fixés à une platine supportant la caméra. Pour ma part, j’utilise ce modèle Chrosziel, fabriqué spécialement pour la DVX100 :

Tim Ovel ne vend pas ce matériel, qui peut être acheté auprès de nombreux fabricants à part Chrosziel. Cavision est l’un d’entre eux.

La première chose à faire est de monter le châssis sur les rails, puis de mettre en place la molette. Attention : la vis de serrage des mâchoires est en position décentrée. Elle a donc du mal à « mordre » de la même manière sur les deux rails en même temps, et il faut « rattraper le jeu » à la main jusqu’à obtenir progressivement un serrage correct des deux côtés, faute de quoi l’ensemble du mécanisme risque d’être instable et de ne pas toujours commander correctement la bague de mise au point. On installe ensuite la caméra en position :

Une fois la caméra solidement installée, on essaie en premier lieu la roue à friction. Cette roue est une des originalités de l’indiFocus, qui doit permettre de l’utiliser sans accessoire supplémentaire sur un grand nombre de caméras DV... à condition que cela fonctionne, c’est-à-dire qu’elle « accroche » parfaitement la bague de mise au point sans le moindre glissement ni dans un sens, ni dans l’autre.

À cette fin, l’indiFocus permet de régler l’écartement du boîtier d’engrenages, à l’aide de la même vis qui permet le serrage du châssis porteur sur les rails. On peut ainsi éloigner ou rapprocher la roue à friction du corps de l’objectif.

Mais là, surprise désagréable : la roue se positionne plusieurs centimètres trop en avant, à hauteur du bouchon d’objectif ! Il est impossible d’avancer la caméra sur cette platine Chrosziel qui est celle de la mattebox classique 411-53 PK, et il est également impossible de reculer les rails sur lesquels l’indiFocus est installé puisqu’ils butent contre la base de la platine qui porte la caméra... Problème en apparence insoluble !


Sur cette photo, on voit bien l’étendue du problème...


La même, vue de dessus


Le même problème se pose bien sûr lorsqu’on substitue la roue dentée
à la roue à friction

Informé du problème, Tim Ovel, jamais à cours de ressources, envisage aussitôt la fabrication d’une pièce spéciale. Dans l’intervalle, il suggère de monter le follow-focus du côté droit, comme montré ci-dessous. Cette installation de fortune n’est pas viable à terme, car elle oblige à positionner le mécanisme tout à fait à l’extrémité des rails (décidément un peu courts, M. Chrosziel !), ce qui empêchera d’installer en même temps la mattebox. Or, les deux systèmes sont conçus pour pouvoir cohabiter. Mais cela permet au moins de vérifier le fonctionnement correct de la roue à friction pour piloter la bague de mise au point de la DVX.

L’on constate un léger jeu lorsqu’on manipule l’ensemble. Il ne semble pas provenir de la roue à friction, qui a une bonne « prise » sur la bague caoutchoutée de la caméra, mais plutôt des engrenages internes, mais j’ai réalisé ce premier test en serrant très prudemment les vis Allen qui assujetissent les divers éléments mobiles, et on ne peut pas tirer de tout cela une conclusion probante. Il faudra réessayer dans la véritable configuration.

En attendant que Tim Ovel me fasse parvenir la pièce-miracle qu'il est en train de concocter, essayons la fameuse bague crantée noire qui est supposée s’adapter sur les objectifs de photo 35 mm, indispensables à ceux qui utilisent un adaptateur de type mini35.

Cette bague est transpercée de trois vis Allen et son diamètre intérieur est d’environ 73 mm. Je l’essaie successivement sur quatre objectifs Nikkor : 50 mm, ø du filtre 52 mm ; 35 mm Perspective Corrector, ø du filtre 52 mm ; zoom 35~70 mm, ø du filtre 62 mm ; et zoom 100~300 mm, ø du filtre 62 mm. Voici, en images, quels résultats j’obtiens :



 

 

En résumé, cette bague conviendra à tous les objectifs Nikkor dont le diamètre de filtre est de 52 mm (c’est l’immense majorité). Pour les plus grandes tailles, il faudra vérifier au coup par coup : le zoom 35~70 ci-dessus a un diamètre de filtre de 62 mm, tout comme le zoom 100~300, mais sur ce dernier, la bague de mise est trop grosse. Il ne s’en faut que de quelques millimètres, mais ça ne passe pas.

Autre inconvénient (potentiellement) non négligeable : lorsque l’on tourne la bague de mise au point sur certains objectifs, cette bague se déplace en avant ou en arrière de plusieurs millimètres (c’est notamment le cas du 50 mm). Cela aura-t-il des conséquences sur l’alignement des engrenages et le fonctionnement de l’indiFocus ? C’est à craindre, mais cela devra être vérifié.

 

DEUXIEME  PARTIE  DU  TEST

      Cette seconde partie s’est fait quelque peu attendre car Tim Ovel, concepteur de l’indiFocus, a dû modifier un certain nombre des composants de son système afin qu’il fonctionne correctement avec la DVX100 B et les rails standard fournis avec la mattebox Chrosziel 16:9.

Je tiens à souligner que Tim a fait preuve d’un grand sens du service et d’une grande disponibilité dans toute cette affaire, et je tiens à l’en remercier une fois encore.

Les modifications entreprises ont consisté à rallonger les axes de rotation de la roue à friction et des deux roues dentées, ainsi que l’équerre de déport qui supporte la molette de réglage de la mise au point, comme illustré sur les photos ci-dessous :

 

Ainsi modifié, l’indiFocus s’installe correctement et fonctionne de manière parfaitement normale.

De la même manière que la roue à friction, la roue dentée destinée à actionner la bague Century Optics s’installe maintenant de manière satisfaisante et les deux s’engrènent correctement :

Cependant, un problème subsiste : du fait d’un léger excentrement de son axe (collé), ou encore du fait d’une planéité imparfaite du collage de cet axe métallique sur la roue en plastique elle-même, cette roue ne décrit pas un mouvement parfaitement circulaire, mais légèrement « ovalisé ». En conséquence, selon l’orientation de la roue, l’engrenage des dents sur celles de la bague Century Optics est plus ou moins bon et peut même entraîner des « ripages » lorsque les deux jeux de dents sont sur le point de se désolidariser, comme montré ci-dessous :

Il est possible de remédier à ce problème en rapprochant légèrement les deux roues, mais dans ce cas, le problème inverse risque de se poser, à savoir que, dans certaines positions, les deux roues dentées seront trop proches, ce qui entraînera un durcissement du mécanisme nuisible à un ajustement parfait de la mise au point.

Un autre inconvénient est que, lorsque la molette de commande est parfaitement enfoncée sur son axe, elle empêche l’écran LCD de se déployer entièrement. Cet inconvénient est toutefois mineur, car l’écran peut néanmoins être ouvert presque entièrement :

 

Il reste un dernier problème à régler : lorsque l’on tourne la molette de réglage alternativement dans un sens puis dans l’autre (pour exécuter un rack focus), on constate l’existence d’un « jeu » substantiel qui fait que la molette tourne d’abord à vide avant de commander de nouveau le système. Ce phénomène est assez inconfortable et ne permet pas d’effectuer un rack focus dans de bonnes conditions... C’est un peu comme si le volant de votre voiture présentait du jeu quand vous le tournez dans un sens, puis dans l’autre !

Vérifications faites, ce ne sont pas les composants de l’indiFocus faits sur mesure qui sont à mettre en cause, mais le petit boîtier d’engrenage lui-même. Celui-ci, fabriqué par une société britannique, présente sans doute des tolérances de construction un peu élevées qui, effet démultiplicateur aidant, se ressentent sensiblement.

Suis-je tombé sur un mauvais modèle ? Le jeu que je constate doit-il être considéré comme « admissible » en raison du faible prix de l’indiFocus ? Tim Ovel doit m’expédier prochainement un nouveau boîtier qui me permettra de lever définitivement ce dernier doute.

Conclusion

Ayant reçu le nouveau boîtier d’engrenages, j’ai constaté la persistance d’un certain jeu, moins prononcé cependant que sur l’exemplaire précédent et dont je pense qu’en pratique, il ne présentera pas de véritable inconvénient pour l‘utilisation de l’indiFocus.

En conclusion, il faut souligner le coût vraiment peu élevé de ce système, ainsi que sa versatilité puisqu’il a vocation à s’adapter aussi bien sur une bague de mise au point caoutchoutée standard que sur une bague dentée Century Optics, ou encore sur certains objectifs 35 mm utilisés avec un système de type mini35.

Contrepartie logique de l’économie réalisée à l’achat, l’usinage et le collage de certains composants du système ne sont pas parfaits, mais l’indiFocus ne prétend pas rivaliser en qualité avec des produits professionnels proposés aux environs de 1.500 euros. Tel qu’il est, il permet à un grand nombre de cinéastes au budget limité d’avoir accès à une commande de mise au point déportée, manipulable par un assistant, et fonctionnant dans des conditions satisfaisantes.

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